Manager une équipe sportive, c’est obtenir de chaque athlète une totale expression de ses qualités individuelles qui n’ont de sens que dans l’expression du collectif. C’est demander et entraîner chacun à réaliser des comportements sportifs en fonction d’une tactique de jeu prédéfinie. Les déterminants techniques, physiques et tactiques de la performance sont maîtrisés et encadrés par un «staff» professionnel sous la direction de l’entraîneur. Le travail sur le mental, sur le lien psychologique et social entre la performance individuelle et collective, pourtant décrit comme ce qui finalement fait gagner une équipe, ne semble pas être si professionnel que cela.

Il y a en effet de nos jours, peu de place dans le management sportif consacré a la prise en compte organisée du vécu de chaque joueur sur leur performance individuelle et collective. L’athlète se retrouve donc finalement seul. Et si on ne lui indique pas le chemin pour optimiser ses aptitudes mentales et sa capacité de réaction, salutaire pour l’efficacité l’organisation collective, il n’apparaît pas, quels que soient les entraînements, de changements comportementaux impactant la performance individuelle et collective. L’athlète n’a donc qu’une solution: attendre le déclic, dans une configuration mentale stressante. Obtenir des résultats collectifs est un travail complexe dans lequel la performance individuelle n’a de sens que dans son impact sur la performance collective. L’entraîneur a pour fonction d’organiser le travail sur les différents leviers identifiés de la performance sportive et de manager à la fois son staff et les différents athlètes qui composent son groupe. C’est un métier qui demande un fort investissement émotionnel et affectif, nécessaire dans la recherche et la stimulation du dépassement de soi. C’est aussi des responsabilités particulièrement stressantes du fait des enjeux médiatiques et financiers liés aux résultats sportifs obtenus dans une incertitude permanente intrinsèque à la compétition sportive. . Nous constatons de nos jours que les entraîneurs ont tendance a s’enfermer dans une logique source d’inertie qui est de dire que les joueurs sont des professionnels, des hommes issus d’un long processus de sélection et rémunérés pour l’expression de leurs sportive. Des hommes normalement ‘prêt à l’emploi’. Comment, dès lors, accepter la défaite ? L’adversaire était il systématiquement plus fort ? Les entraîneurs exigent les bons pros, ceux qui jouent quasi mécaniquement, ceux qui suent abondamment, ceux qui ne doutent pas, ceux répondent aux schémas tactique recherché. Quand la tactique est efficace sur le papier, quand la préparation physique est de plus en plus scientifique, quand les joueurs ont un vécu de plus de 15 ans de leur pratique sportive, qu’est ce qui explique les défaites ? Le mental. De même, qu’est ce qui explique les victoires ? Une tactique de jeu efficace, un engagement physique exemplaire, et surtout une force mentale, individuelle parfois mais toujours collective. Nous posons alors une question légitime : que font les entraîneurs pour travailler ce fameux « mental » ? Pour la grande majorité des entraîneurs, la préparation psychologique reste un processus flou, bizarre. C’est un peu la faute aux consultants et autres préparateurs mentaux, qui n’entendent le mot mental que par le conditionnement du cerveau en vu d’une action physique.

Donnons un exemple, un club de Football de D1 propose à son meneur de jeu de travailler en marge du collectif, avec un sophrologue. Résultat ? Le joueur s’épanouit, (la sophrologie bien utilisée n’a jamais fait de mal à personne), mais au détriment de la performance collective. Normal l’entraîneur était exclu du processus de préparation et aucun lien entre la performance individuelle et collective n’a été travaillé. Le joueur a été transféré, sans valeur ajoutée, et n’a sans doute pas réellement progressé de son expérience. Dans le bêtisier des actions psychologiques menées collectivement, le coach d’une nation du sud, se fait licencier sans raison sportive, parce qu’il s’était exprimé sur la politique de prix d’accès au stade, menée par sa fédération, qui ne permet pas à la population socialement pauvre de s’intéresser au rugby. Or, ce pays a un fantastique enjeu face au monde entier : développer une nation démocratique multiraciale parlant 11 langues officielles. Le prometteur nouveau coach Straeuli est nommé à sa place. Des problèmes culturels et raciaux éclatent alors au sein de l’équipe à quelques semaines de la coupe du monde 2004. Mission : Il faut dynamiser la cohésion sociale, et leur faire comprendre qu’ils sont tous égaux, tous springbok. Les joueurs, supervisés par leur entraîneur, partent pour une opération commando, en secret, dans un environnement symbolique ou les troupeaux de males springbok ne passent leur temps qu’à se défier dans un but, la possession des femelles : le Kruger National Park. Les joueurs font alors des exercices militaire de construction de groupe, des armes sont par ailleurs présentes, sans doute pour se protéger des prédateurs.... ils sont mis à nu, recroquevillés dans leur tente et aspergés d’eau. Ils sont privés de nourriture et de sommeil (surprenant dans le cadre d’une préparation physique) et participent à des jeux du type Kho-lanta encadré par un militaire....Si encore le soir, ils avaient quelques pack de Castle à disposition… Résultat : souffrance et humiliation sont exprimés par certains joueurs sous couvert d’anonymat. L’affaire ne sortira qu’après l’élimination au premier tour. Que retient leur entraîneur de cette expérience «on a tenté de faire quelque chose, je le referai si c’était à refaire ». Jake White, lui a déjà pris sa place et l’équipe vient de réaliser un magnifique tournoi du Tri Nation qui a fait vibrer tout le pays.

D’autres entraîneurs se sont montrés bien plus professionnels dans l’art du management. L’entraîneur de l’équipe de France de Basket au JO de Sydney, sans expérience de Pro A et donc attendu au tournant, s’était entouré d’un staff surnommé «l’armée mexicaine». L’équipe est revenue, une médaille d’argent au cou, pleine d’émotions exceptionnelles. Ce n’est toutefois pas uniquement le spécialiste de la vidéo ou bien même entre autre le préparateur mental embarqué dans l’aventure, qui ont permis à cette équipe de réaliser une telle performance, mais bien l’organisation et le management ‘professionnelle’ du staff au service des Hommes à coacher. Ils ont fait preuve de complémentarité, de cohérence dans leur décision et d’ouverture pour mener ce groupe vers un exploit, pour permettre aux joueurs de faire preuve de créativité et d’adaptation au moment voulu. L’équipe s’est sauvée sportivement des aléas sportifs liés à la compétition qui auraient pu leur être fatal, ils ont su « renverser» la tournure de certains matchs et gagner leur place en finale. La qualité managériale a ainsi apporté le cadre et la plus value dont ont eu besoin les athlètes pour mener un exploit collectif.

Nous constatons aussi que les entraîneurs face à la pression et l’exigence de la maîtrise du moindre détail, se sentent fragiles, fatigués, anxieux mais se doivent de donner une image forte, celle du manager qui ne doute pas et sait ou il va. Face à ce constat, cela ne les empêche pas d’exprimer encore des réticences à se former et se faire accompagner professionnellement dans leur pratique managérial afin de mener une véritable démarche de préparation psychologique d’un groupe sportif. Comment l’expliquer ? Par méconnaissance, expérience au préalable trompeuse, ou bien même un surprenant manque d’humilité. Finalement, il est beaucoup plus facile de rejeter la faute sur les joueurs censés être professionnels que de participer au développement efficace de son propre professionnalisme managérial, et prendre d’autres routes qui mènent vers la performance. Il nous semble pourtant, qu’un sportif ne devient professionnel que parce qu’on lui apprend à l’être, c'est-à-dire être adapté techniquement, physiquement, tactiquement (donc collectivement) et mentalement. C’est donc bien à l’entraîneur et au staff de mettre en place un management efficace, ouvert au changement, et au service de la performance physique, psychologique et sociale de ses joueurs. La mise à disposition d’un préparateur mental n’a en effet de sens que si les pratiques managériales de l’entraîneur sont cohérentes avec le groupe d’athlètes dont il a la responsabilité. Si la préparation psychologique du collectif est intégrée dans la préparation technique, physique et tactique alors le travail spécifiquement mental individuel et collectif peut apporter la plus value recherchée. Et pour finir, notons que c’est aussi au président et à l’entraîneur nouvellement manager de s’assurer que la nouvelle génération des futurs professionnels soit dorénavant accompagnée individuellement et collectivement dans leur vécu psychologique de leur pratique sportive. Leur donner les moyens d’être au plus vite consciencieux des différents leviers de la performance est un devoir social lorsque l’on dirige une entreprise sportive.

Cyril Baqué