Tout au long de leur carrière, les sportifs seront évalués, à l’entraînement, en match et même dans la manière dont ils vivent leur vie quotidienne ainsi que dans leur hygiène de vie. Bertrand Gille, fraîchement champion d’Europe (Bravo à cette équipe et son staff pour cette grande démonstration), dans une interview de l’équipe du 6.02.06 disait d’ailleurs «Tout ça réclame beaucoup de souffrance, encore une fois à relativiser par rapport à une vie à l’usine. Même si je ne suis pas persuadé que beaucoup d’ouvriers aimeraient en prendre plein la gueule comme on en prend pendant nos matchs, si beaucoup d’ouvriers seraient prêts à ce que leur travail soit observé par des milliers de gens en même temps, et qui ne se gênent pas pour donner leur avis sur ce que tu apportes ou n’apportes pas. C’est quand même un vrai métier. C’est un sport, on a cette chance de faire partie des privilégiés. Mais ça reste quand même difficile »

Le sociologue VINSONNEAU évoquait la sélection comme un fait culturel “la culture est universelle et le fait que chaque peuple possède une culture propre résulte de ce que chacun choisit particulièrement tels ou tels termes. Dans cette perspective, la sélection est la première condition pour qu’une culture soit intelligible. ” Dans le sport, la sélection est donc un élément fondamental de la culture de performance.

Si l’on analyse le processus de la sélection, on remarque un aspect bi-directionnel :

- Une sélection faite par le sportif lui même lorsqu’il choisit d’intégrer telle ou telle culture, telle ou telle pratique sportive, tel ou tel club. - Une sélection décidée par les acteurs sociaux de la pratique sportive, eux-mêmes intégrés dans la culture sélectionnée par le sportif.

Dés lors, pour que la relation entraineurs-joueurs et que l’acte de sélectionner devienne efficace pour le collectif, il faudra prendre en compte l’analyse de l’ensemble de ce processus. Cette donnée nous permet déjà de comprendre un des axes de travail de la préparation psychologique du sportif : donner du sens à sa pratique sportive et développer ses capacités d’expression et d’adaptation à l’exigence d’une performance visée.

La sélection draconienne pratiquée par les clubs est à la base de l’émergence des champions. Mais elle a aussi pour conséquence de « griller » peut être trop vite des athlètes en cours de formation qui, avec des si..., auraient pu, eux aussi, être dans le lot des sélectionnés. Car dans certains cas, la décision des entraîneurs peut être brutale “ On l’a viré parce qu’il était nul (à ce niveau d’exigence), on l’avait pris pour qu’il nous mette 10 points par match et qu’il nous prenne 2 rebonds. On a perdu là, là, et là, bon je l’ai viré et j’en ai pris un autre c’est ça la réalité ” me disait un entraîneur de basket. Cette pratique radicale a cependant la caractéristique d’être transparente au plus haut niveau. Les joueurs, comme les entraîneurs, connaissent la règle. Elle est culturelle, et tout sportif sait que la vie sportive n’a de sens que dans l’efficacité et la chronicité de ses performances.

La sélection se manifeste ainsi par des décisions qui sont l’aboutissement de tout un processus d’observation tant sur les aspects physiques que sur les traits de personnalités des athlètes : “ On doit fabriquer des joueurs compétitifs. Aimé Jacquet me disait la force de notre équipe en 98 c’est qu’elle aimait la compétition. Sur les jeux à l’entraînement ils étaient déjà très compétiteurs. Quand on a ça, on a tout gagné. Des gens qui veulent gagner. Il faut sélectionner des gens qui veulent gagner. Encore une fois c’est prétentieux, parce qu’il y a 700 professionnels en France, on ne les connaît pas tous, c’est pas vrai. Et à force de les côtoyer en tournée, on s’aperçoit mieux des caractéristiques de certains personnages. On s’aperçoit de celui qui est ambitieux, de celui qui a envie. Celui qui est prétentieux, qui en paraît plus qu’il ne fait etc. Tu découvres les hommes je dirai, c’est normal” Bernard LAPORTE.

Face à cette évaluation permanente, les sportifs adoptent eux aussi des stratégies. Ces stratégies peuvent être défensives tout comme le dit un entraîneur de basket professionne l“ Il faut savoir qu’un joueur il est évalué toute l’année, il est évalué deux fois par jour à l’entraînement, avec un entraîneur sur le dos, avec un staff sur le dos, deux fois par semaine en coupe d’Europe et en Championnat et ça toute l’année. Donc il apprend très vite, c’est un peu comme la bête traquée, en un clin d’œil tu apprends vite à analyser très vite des situations. C’est à dire, tu vois, ils voient arriver très vite un nouveau dirigeant, un nouvel entraîneur, en deux jours, les mecs, même pas, en une journée, les mecs ils sont capables de te faire une imitation, de parodier un individu, la première chose qu’ils font les mecs c’est de te cerner. Et ensuite ils cherchent les failles et les brèches, ils cherchent les recoins pour se protéger, les failles pour rentrer dedans et les écarter, parce que c’est vital”.

Elles peuvent aussi être offensives, c'est-à-dire adaptées aux exigences du haut niveau et répondant à une planification de sa recherche de performance. Les athlètes dans ce cas vont répondre aux challenges qui leur sont proposés par des attitudes et des comportements cohérents avec leur objectif et leur ambition en développant un dialogue intérieur et une démarche cognitive qui font d’eux des compétiteurs de haut niveau. Quels conseils peut-on donc donner à tout sportif mis en concurrence:

   * Bien connaître ses forces et ses faiblesses.
   * Selon le contexte, choisir son club sur la qualité du staff.
   * Savoir écouter les conseils et développer ses attitudes, ses comportements, et son approche mentale de la compétition.
   * S’investir dans une préparation physique et mentale de manière professionnelle.
   * Faire preuve d’humilité et repousser les «zones de confort ».
   * Participer à un climat « d’encouragement » avec ses propres partenaires même en concurrence.
   * Optimiser le temps de blessure pour prendre du recul sur soi et préparer son retour.
   * Se différencier sur ses points forts, de ses coéquipiers et des adversaires.
   * Comprendre et avoir confiance en son coach.

Cyril Baqué